La manufacture LEROUX

Une simple vitrine avenue Gambetta à Joigny peut cacher un savoir-faire ancestral…

L’histoire de Couleurs Leroux

L’entreprise Couleurs Leroux, fabrique artisanalement de la peinture à l’huile depuis 1910.
Les méthodes de fabrication des couleurs restent, à ce jour, inchangées. L’utilisation de pigments minéraux (naturels ou éprouvés), mélangés à l’huile de lin, donne naissance à une peinture inaltérable dont la couleur, dans sa profondeur et sa luminosité est quasiment éternelle.

Les Couleurs Leroux de 1910 à nos jours.

Martial Leroux est né en 1886, en Belgique. Son père surnommé le grand Français, était maître-tapissier à la cour du Roi des Belges et peintre amateur. A quatorze ans, il devient soutien de famille car son père, suite à un accident, se retrouve paraplégique. La famille Leroux déménage à Hautmont prés de Maubeuge en France. Martial Leroux y apprend le métier de peintre en bâtiment.

Peintre autodidacte, il donne libre cours à son penchant pour la peinture artistique. Il commence à fabriquer ses propres couleurs. Ses amis peintres les utilisent et les approuvent. Pour alimenter de lumière ses tableaux, Martial résidera essentiellement à Menton à partir de 1950. L’essentiel de son œuvre appartient aujourd’hui à ses descendants ainsi qu’à certains musées dont celui de Maubeuge.
Il crée l’Entreprise Leroux en 1910 à Hautmont. Il en assure la direction jusqu’en 1959, année de son décès. Sa fille Jeanne Leroux lui succède jusqu’en 1972. Son gendre, Bruno Laporte, marié à Agnès Leroux, transfert l’entreprise familiale au Moulin de Villiers-sur-Tholon, en Bourgogne, dans le département de l’Yonne, qu’il gère jusqu’en 1997.

En 1997, à 35 ans, le peintre Marcel Reynaud devient propriétaire de la Manufacture Leroux, qu’il déménage fin 2010 à Joigny.

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Marcel REYNAUD et sa compagne Perrine DUCORPS

 Interview

- CCJ : Quelle est la spécificité des couleurs Leroux ?
- Marcel REYNAUD :
La Manufacture Leroux utilise dans sa fabrication de couleurs des pigments minéraux, oxydes issus des roches et des pigments organiques, issus du pétrole avec un rendu plus « électrique ». La couleur ne change pas avec le temps si le pigment est solide, stable dans sa composition chimique. C’est cette composition chimique qui renvoie la couleur.

- CCJ : Comment commercialisez-vous vos peintures ?
- Marcel REYNAUD :
La vente se fait directement aux artistes en France et à l’étranger, il n’y a pas de distributeurs, mais une e-boutique qui assure 22% du chiffre d’affaires. Le référencement sur internet est donc primordial. L’achat de mots-clés est essentiel pour être bien placé sur Google, il représente un investissement d’environ 7 000 euros par an. L’e-boutique a été créée en 2010, en même temps que l’emménagement de la boutique et des ateliers sur Joigny. Les peintures sont fabriquées sur place avenue Gambetta.
Le reste des ventes, soit 78%, s’effectue par téléphone et sur catalogue, il y a beaucoup de clients récurrents car très satisfaits de la qualité des peintures Leroux. Tous les ans, la manufacture Leroux fait des promotions de 20% sur le catalogue, ainsi que des remises par quantité.

- CCJ : Quels sont vos concurrents ?
- Marcel REYNAUD :
Il y a 3 discounteurs sur le net, plus des boutiques en France. La grande distribution spécialisée est représentée par 2 marques allemandes (Géant Beaux-Arts et Boesner) et un français, Cultura, davantage tourné vers le loisir créatif. Leroux ne veut pas être présent sur ces canaux de distribution en France. Il existe aussi deux entreprises semi-artisanales comme Leroux, Old Holland (entreprise hollandaise) et Blockx (entreprise belge). La manufacture Leroux est la seule manufacture française à fabriquer de la peinture à l’huile pour artistes, haut de gamme.

- CCJ : Comment vous situez-vous par rapport à cette concurrence dans le contexte de la crise actuelle ?
- Marcel REYNAUD :
Avec 3 employés, la manufacture Leroux s’est maintenue malgré la crise. Certes, le panier d’achat a diminué, mais nous arrivons à conserver le même chiffre d’affaires qu’il y a 18 ans grâce à l’augmentation du nombre de clients. En 1997, nous avions 1 600 clients, nous en avons maintenant 5 000. En effet, nous proposons des prix plus bas à qualité égale face à nos deux concurrents Old Holland et Blockx.
Nous nous différencions aussi par la fabrication et la vente de certains produits comme le médium qui est un liant pour diluer les couleurs sur la palette, c’est une « recette Leroux » qui date de Martial Leroux.

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En activité annexe, nous donnons aussi des cours de peinture qui sont assurés par ma compagne.

- CCJ : Quels ont été les changements pour une entreprise artisanale comme la vôtre qui emploie des méthodes de fabrication datant de plus d’un siècle ?
- Marcel REYNAUD :
Un des changements majeur a été la disparition de raffineries de couleurs (fabricants de pigments) en France. Maintenant, tous les pigments sont importés d’Allemagne, des Etats-Unis ou d’Asie. Les mines sont en Afrique, Asie, Etats-Unis ou Amérique Latine. Depuis 12 ans, il est compliqué d’avoir une stabilité dans les achats afin d’avoir un suivi de couleurs identiques.
De même pour les tubes en aluminium galvanisé, il n’existe plus de PME qui les fabriquent en France. Il n’y a que des grosses entreprises fabriquant des formats standards qui ne répondent pas aux spécificités et quantités dont nous avons besoin. L’entreprise qui nous fournissait était à Saint Florentin et elle ne fabrique plus de tubes depuis 10 ans. Nous avons donc dû nous tourner vers un fabricant suisse mais les prix sont plus élevés. Nous effectuons donc des consultations ailleurs en Europe pour essayer d’en trouver de moins chers.
Pour les esquisses au fusain, le changement a été radical également. Il y avait avant deux fabricants de fusain dans l’Yonne. L’un à Villeneuve sur Yonne qui a fermé il y a 10 ans et le second à 5 km de Joigny. Mais l’entreprise a été vendue puis délocalisée au Canada. Les prix sont devenus extrêmement chers.

- CCJ : Quelles sont vos perspectives d’avenir ? Développement de votre gamme, investissements ?
- Marcel REYNAUD :
Nous avons investi il y a 5 ans dans notre e-boutique, il a fallu compter environ 15 000 euros. Nous souhaitons maintenant élargir notre gamme en fabriquant nous-mêmes de la peinture acrylique. Cette nouvelle gamme devrait voir le jour à l’été 2015, au plus tard en septembre. Pour cela, il nous faut investir dans de nouvelles machines, environ 17 000 euros. Un investissement à la mesure de l’entreprise. Ensuite, pour 2016, nous envisageons de fabriquer aussi nos propres gouaches. L’importation de ces produits coûte cher car ils sont fabriqués de manière industrielle et les frais de transport, d’importation… rendent les produits couteux. En les fabriquant nous-mêmes de manière artisanale, nous obtiendrons un bon prix de revient et le prix de vente sera donc compétitif. Une PME qui fabrique et vend en direct, ça fonctionne ! D’autant plus que nos peintures acryliques et gouaches seront très haut de gamme.
Cette stratégie devrait me permettre de ne pas perdre des parts de marchés, c’est en temps de crise qu’il faut investir afin de pouvoir maintenir son activité.
Je vais peut-être aussi étudier la possibilité d’être présent sur les sites marchands de Boesner et de Géant Beaux-Arts, mais uniquement pour les ventes à l’étranger, je souhaite continuer à vendre en France en direct.
Mon rêve serait d’avoir une boutique à Paris ou à New-York !

 

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Sans Titre – Marcel REYNAUD – 2013 – 200x165
Sans Titre – Marcel REYNAUD – 2011/2012 200x162

 

- CCJ : Quel est votre profil ? Votre parcours ? Pourquoi avoir racheté la manufacture Leroux ?
- Marcel REYNAUD :
Je peins depuis l’âge de 12 ans ; en m’y consacrant pleinement à partir de 18 ans et travaillant pendant 10 ans la peinture figurative classique. Je me suis présenté aux Beaux-Arts à 16 ans. J’étais un client de la manufacture Leroux et quand j’ai su qu’elle était en vente, j’ai eu à cœur de la racheter.
Pour moi, l’émotion et la dynamique de la couleur passent avant la gestion d’entreprise, mais j’y arrive quand même !
J’ai racheté Leroux car j’ai toujours cru à la qualité supérieure des gammes et je souhaitais pérenniser cette manufacture ancienne pour conserver l’esprit et la matière.
 

- CCJ : Y-a-t-il eu de grands peintres parmi vos clients ?
- Marcel REYNAUD :
Parmi les plus grands, Salvador Dali utilisait les peintures Leroux. Eugène Leroy (1910-2000) a soutenu la manufacture Leroux. Il a été, dans les années 40 le précurseur de l’abstraction, présent dans les plus grandes galeries du monde. Eugène Leroy était un inconditionnel des peintures Leroux. Pierre Tal Coat (1905-1985), peintre majeur du XXe siècle, l’était également. Bien d’autres grands peintres tout aussi connus ont été de fervents utilisateurs des gammes Leroux, il est juridiquement risqué de les citer.

Visionnez la vidéo de fabrication des couleurs en cliquant sur le lien ci-après, vous serez étonnés ! http://www.couleursleroux.fr/videos/

Un peu de technique…

Fabrication des peintures à l’huile.

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La production demeure entièrement artisanale, de l’utilisation des pigments purs malaxés avec de l’huile de lin dans un mélangeur, puis soumis à un affinage dans un broyeur jusqu’à la mise en tubes de, ceux-ci étant remplis, fermés, nettoyés et étiquetés manuellement.
Le nuancier des couleurs à l’huile offre une richesse exceptionnelle. Les Couleurs Leroux proposent une centaine de couleurs sans mélange entre elles.

Les Couleurs Leroux sont d’origine minérale, organique (issus de la pétrochimie), animale (le noir d’ivoire, à partir d’os calcinés) ou végétale (noir de vigne, à partir de ceps calcinés).

Parmi les minéraux, on trouve les blancs de titane, zinc, lithopone,  les rouges, les oranges, les jaunes et les verts de cadmium (issus d’une oxydation que l’on trouve dans le zinc); les bleus, les verts, les violets et les turquoises de cobalt ainsi que les verts bleutés de cobalt; les verts, les oranges et les jaunes de chrome; les outremers; les mars (oxydation précipitée artificielle); le bleu de Prusse; les terres et les ocres.
Ces deux dernières ne subissent pas de manipulation chimique, tandis que certains pigments sont soumis à des calcinations très élevées stabilisant la matière : de 500°C (les cadmiums) à 800°C (bleu outremer) voire 1000°C (vert de chrome).

Parmi les organiques, on trouve les pigments de phtalocyanine (bleus, verts), pigments azoïques (jaunes, oranges), et les pigments de quinacridone (violets, rouges). Ces pigments organiques sont puissants et « électriques ».

Leroux propose également du bleu lapis lazuli, pigment minéral, et possède également le très rarissime bleu de manganèse véritable.

Étapes de fabrication en images.

LEROUX 11Malaxage des pigments et de l’huile ; (+ de la « charge » sauf pour la gamme 4 étoiles). LEROUX 12Cette pâte passe dans les rouleaux de la broyeuse pour continuer le mélange et rendre le grain
plus fin.
LEROUX 13L’opération est répétée plusieurs fois pour obtenir la granulométrie et la consistance désirée. LEROUX 14
Il peut être nécessaire de rajouter un peu d’huile pour que la peinture soit bien liée.
LEROUX 15La mise en pot est manuelle,
il ne faut pas se précipiter et faire les choses tranquillement et proprement.
LEROUX 161ère étape de la mise en tubes : remplissage de l’entubeuse d’origine (datant de 1910). LEROUX 17Puis mise en tubes aluminium de la peinture.
LEROUX 18La peinture est dans le tube,
il ne manque plus qu’à le fermer.
LEROUX 19Fermeture par 3 plis du tube
dans une plieuse.
LEROUX 20Le tube de peinture est prêt !

                                                                                            
 

Les Couleurs Leroux comportent quatre gammes de peinture à l’huile.

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Peinture extra-fine – Très haut de gamme ****
La gamme 4 étoiles **** est un mélange du pigment pur
c’est à dire sans charge avec de l’huile de lin première pression à froid.
Cette gamme est essentiellement élaborée à partir de pigments minéraux.

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Peinture extra-fine – Haut de gamme ***

Constituée essentiellement de pigments organiques très puissants,
« électriques », qui ont besoin de recevoir une matière neutre appelée « charge »
pour les rendre plus faciles à l’emploi. L’apport de cette charge varie de 5 à 10 % maximum.
Les couleurs sont broyées à l’huile de lin première pression à froid.

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Peinture fine et extra-fine – Moyenne gamme ** et Gamme étude
Ces gammes se composent de certains pigments de la gamme 4 étoiles****
et de la gamme 3 étoiles***.  Pour certains tons, la teneur en charge est plus importante. Elles restent très fiables et de belle qualité. Les couleurs sont broyées à l’huile de lin première pression à froid.

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Et tous renseignements sur http://www.couleursleroux.fr/

 

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